DRUMMONDVILLE - La députée de Sanguinet et ex-ministre de l'Économie Christine Fréchette est la nouvelle cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ) et première ministre du Québec.
Mme Fréchette a triomphé sur son adversaire, le député de Lévis et ancien ministre de l'Environnement Bernard Drainville dimanche après-midi, récoltant 57,9 % du vote des membres.
Le taux de participation s'est établi à 77,1 %; c'est donc dire que 15 833 caquistes ont exercé leur droit de vote.Â
En succédant à François Legault, Christine Fréchette devient la deuxième femme première ministre du Québec, après Pauline Marois, qui a gouverné entre 2012 et 2014.Â
Il s'agit d'une ascension fulgurante pour celle qui a été élue pour la première fois en 2022.
«C'est le printemps, (...) on ouvre les fenêtres et on laisse entrer l'air frais», a-t-elle déclaré devant des partisans en liesse, alors que le camp Drainville encaissait la nouvelle.
Elle a lancé un appel à l'unité, remerciant M. Drainville d'avoir fait d'elle une meilleure candidate et l'invitant à «construire la suite» avec elle.
S'adressant aux chefs libéral et péquiste, la nouvelle grande patronne de la CAQ a lancé: «Messieurs, je ne vous laisserai pas ramener le Québec dix ans en arrière. Vous allez me trouver sur votre chemin!»
Mme Fréchette était considérée comme la favorite de la course: bien organisée, la femme de 56 ans native de Trois-Rivières avait obtenu l'appui de pas moins d'une quarantaine de ses collègues.
Durant la campagne, elle s'est notamment engagée à réduire l'interventionnisme et la taille de l'État. Elle souhaite renforcer la place du privé en santé et dans les projets d'infrastructure.
Pour alléger le fardeau financier des Québécois, elle a promis entre autres de réduire le prix du panier d'épicerie et de rembourser une partie des droits de mutation immobilière des premiers acheteurs.
Si les deux candidats s'entendaient sur plusieurs mesures, ils ont toutefois eu de rudes échanges au sujet du troisième lien routier Québec-Lévis, du gaz de schiste et de l'immigration.
M. Drainville a notamment accusé Mme Fréchette d'abandonner le projet de troisième lien et d'aller à l'encontre des engagements du gouvernement en rouvrant le débat sur la filière gazière.
Moins «bleue» que Drainville
Les échanges ont été particulièrement houleux dans le dossier de l'immigration.
Christine Fréchette a été attaquée pour sa promesse de réactiver le Programme de l'expérience québécoise (PEQ) pour une durée de deux ans.Â
M. Drainville l'a mise au défi de dévoiler le nombre d'immigrants que cette mesure favorisait. Il proposait plutôt une clause de droits acquis pour seulement 18 000 immigrants dans des secteurs prioritaires.
Ce débat a même causé l'ouverture d'une enquête de la commissaire à l'éthique sur le ministre Jean-François Roberge, qui avait fourni des chiffres aux candidats.
M. Drainville et Mme Fréchette sont de vieux confrères qui ne logent pas à la même enseigne lorsque vient le temps d'aborder les enjeux de nationalisme et d'identité.
Elle a d'ailleurs choisi de quitter le Parti québécois en raison de son désaccord avec la Charte des valeurs québécoises qui était pilotée à l'époque par... le ministre péquiste Bernard Drainville.
À la CAQ, c'est connu: l'élue fait partie de l'aile dite «économique», tandis que son rival s'identifie davantage à l'aile bleue «nationaliste».
Conseil des ministres
Quoi qu'il en soit, Mme Fréchette s'est engagée à faire une place importante à M. Drainville au sein de son conseil des ministres, qui sera dans la zone paritaire, a-t-elle précisé.
La nouvelle première ministre aura trois semaines pour arriver en poste et composer son équipe, la session parlementaire étant prorogée jusqu'au 5 mai.
Après cette échéance, elle n'aura que très peu de temps avant les élections d'octobre pour imposer son agenda et tenter de faire remonter la CAQ dans les sondages. L'Assemblée nationale doit ajourner ses travaux le 12 juin.
Selon le dernier coup de sonde mené par la firme Léger pour le compte de Québecor, la CAQ ne récolterait que 13 % des appuis. En 2022, la formation avait amassé 41 % des suffrages.
Or, avec Christine Fréchette à sa tête, la CAQ monte à 18 %, tandis qu'avec Bernard Drainville comme chef, elle piquait du nez (8 %), selon le sondage.
Depuis quelque temps, le PQ et le Parti libéral figurent en tête des intentions de vote. La CAQ serait en troisième place, suivi du Parti conservateur (PCQ), puis de Québec solidaire (QS).
Réactions politiques
Rapidement dimanche, l'ensemble des partis politiques ont félicité la nouvelle première ministre.Â
«Avoir l'occasion de servir les Québécois à ce niveau est le privilège d'une vie et je lui souhaite du succès dans les responsabilités qui l'attendent», a réagi le chef libéral Charles Milliard sur le réseau X.
La cheffe parlementaire de QS, Ruba Ghazal, a souligné dans sa déclaration aux médias que Mme Fréchette est la deuxième femme première ministre de l'histoire du Québec.
«Je m'assurerai de lui rappeler quotidiennement l'urgence de mettre en place des mesures qui feront une réelle différence pour aider les gens qui ont de la difficulté à payer le loyer, l'hypothèque, l'épicerie», a-t-elle ajouté.
«Je tiens à féliciter Mme Fréchette, a réagi à son tour le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon. Je lui souhaite la meilleure des chances dans l'exercice de ses nouvelles fonctions.»
«Nous félicitons Mme Fréchette pour son accession à la fonction de première ministre. Diriger le Québec est une responsabilité majeure, et nous lui souhaitons du succès», a également déclaré le chef du PCQ, Éric Duhaime.
________________________
Christine Fréchette:
- Née à Trois-Rivières en 1970 (56 ans)
- Diplômée de HEC Montréal et de l'Université Laval
- Coordonnatrice à la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ)
- Membre du conseil d'administration du Conseil du statut de la femme
- Directrice adjointe de cabinet du ministre péquiste Jean-François Lisée
- Présidente-directrice générale de la Chambre de commerce de l'Est de Montréal
- Élue députée caquiste de Sanguinet en 2022, ministre de l'Immigration, de l'Économie et de l'Énergie sous François Legault



